Transaminases s g p t’et médicaments courants : quels risques pour le foie ?

Vous recevez vos résultats de prise de sang et une ligne attire votre attention : les transaminases SGPT (aussi appelées ALAT ou TGP) dépassent la norme. Avant de paniquer, il faut comprendre ce que ces enzymes racontent sur votre foie, et surtout pourquoi certains médicaments du quotidien peuvent les faire grimper.

SGPT, ALAT, TGP : trois noms pour une même enzyme hépatique

Les transaminases SGPT désignent l’alanine aminotransférase (ALAT). Cette enzyme vit principalement dans les cellules du foie. Quand ces cellules sont abîmées, elles libèrent l’ALAT dans le sang.

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C’est pour cette raison que le taux d’ALAT est considéré comme un marqueur assez spécifique de souffrance hépatique. L’autre transaminase courante, l’ASAT (ou SGOT/TGO), se trouve aussi dans le cœur et les muscles. Une hausse isolée de l’ASAT ne pointe donc pas forcément vers le foie.

Quand votre médecin prescrit un dosage des transaminases dans une analyse de sang, il cherche avant tout à savoir si votre foie subit une agression, qu’elle soit virale, toxique ou médicamenteuse.

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Médicaments courants et élévation des transaminases ALAT

Le foie filtre la quasi-totalité des substances que vous avalez. Chaque comprimé passe par lui. Certains traitements, même vendus sans ordonnance, peuvent provoquer une élévation des enzymes hépatiques.

Le paracétamol, premier concerné

Le paracétamol reste la cause médicamenteuse d’atteinte hépatique la plus fréquemment citée. À dose thérapeutique, le foie le métabolise sans difficulté. En cas de surdosage (même modeste mais répété), un métabolite toxique s’accumule et détruit les cellules hépatiques. Les transaminases ALAT montent alors de façon parfois spectaculaire.

Un surdosage de paracétamol peut survenir sans le savoir, par exemple en cumulant deux médicaments qui en contiennent (un antalgique et un antigrippal).

Les statines : une élévation souvent bénigne

Les statines, prescrites pour réduire le cholestérol, entraînent souvent une hausse modérée et asymptomatique des transaminases. Selon les données du Manuel MSD, cette élévation ne conduit que rarement à des lésions hépatiques cliniquement significatives.

L’arrêt des statines n’est pas recommandé en cas de maladie hépatique chronique. Ces molécules pourraient même avoir des propriétés antifibrotiques bénéfiques chez les patients atteints de stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique (MASH).

Les anti-inflammatoires et antibiotiques

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, diclofénac) et certains antibiotiques (amoxicilline-acide clavulanique, par exemple) figurent parmi les médicaments régulièrement associés à une hépatite médicamenteuse. Le mécanisme varie : toxicité directe ou réaction immuno-allergique imprévisible.

Pharmacien examinant une boîte de médicaments courants susceptibles d'affecter les transaminases et la santé du foie

Traitements de fond et surveillance rapprochée des transaminases

Certains médicaments prescrits au long cours pour des maladies chroniques imposent un suivi hépatique strict, souvent méconnu des patients.

Prenons la tériflunomide (Aubagio), utilisée dans la sclérose en plaques. Le VIDAL recommande un dosage des enzymes hépatiques toutes les deux semaines pendant les six premiers mois, puis au moins toutes les huit semaines ensuite. Ce protocole existe parce que le risque d’atteinte hépatique médicamenteuse est réel avec cette molécule.

D’autres traitements de fond (méthotrexate pour la polyarthrite, certains antifongiques oraux) suivent des schémas de surveillance comparables. Le point commun : la prise de sang régulière est la seule façon de détecter une agression hépatique silencieuse.

Si vous prenez un traitement au long cours et que personne ne vous a parlé de contrôle sanguin, posez la question à votre médecin ou à votre pharmacien.

Transaminases élevées sans médicament : la piste métabolique (MASLD)

Vous avez remarqué des transaminases modérément élevées sur plusieurs bilans successifs, sans prendre de traitement particulier ? La cause la plus fréquente aujourd’hui porte un nouveau nom : la MASLD (Metabolic dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease), anciennement appelée stéatose hépatique non alcoolique ou « foie gras ».

Sa forme inflammatoire, la MASH, peut faire progresser la maladie vers une fibrose. Les profils les plus concernés :

  • Patients en surpoids ou obèses, avec un tour de taille élevé
  • Diabétiques de type 2 ou personnes présentant un syndrome métabolique
  • Patients dont les transaminases restent légèrement au-dessus de la norme sur plusieurs mois, sans autre explication identifiée

Cette reclassification récente (MASLD/MASH) change aussi l’interprétation des bilans hépatiques. Des transaminases modérément élevées chez un patient métabolique ne doivent plus être banalisées.

Quand faut-il s’inquiéter d’un taux de transaminases SGPT élevé ?

Toutes les élévations ne se valent pas. Voici les situations qui justifient une attention particulière :

  • Des transaminases ALAT dépassant plusieurs fois la norme supérieure, surtout si la hausse est rapide
  • Des symptômes associés : ictère (jaunissement de la peau ou des yeux), douleurs abdominales, fatigue intense, urines foncées
  • Un allongement du temps de prothrombine ou une baisse de l’albumine, signes que le foie ne synthétise plus correctement ses protéines
  • Une élévation persistante sur plusieurs semaines malgré l’arrêt d’un médicament suspecté

Une hausse isolée et modérée, découverte sur un bilan de routine, ne signifie pas que le foie est en danger. Le médecin interprète toujours le résultat en fonction du contexte : antécédents, traitements en cours, poids, consommation d’alcool, signes cliniques.

Médicaments courants et résultats d'analyse sanguine montrant les taux de transaminases SGPT posés sur une table en bois

Protéger son foie au quotidien face aux médicaments hépatotoxiques

La prévention repose sur des réflexes simples mais souvent négligés.

Ne cumulez jamais deux médicaments contenant du paracétamol. Lisez la composition de chaque boîte, y compris les spécialités contre le rhume ou la grippe. Respecter la dose maximale quotidienne de paracétamol reste le geste de prévention le plus efficace.

Signalez systématiquement à votre médecin et à votre pharmacien tous les traitements que vous prenez, y compris les compléments alimentaires et les plantes. Certaines plantes (comme la germandrée ou le kava) sont hépatotoxiques.

Si un traitement au long cours vous est prescrit, demandez quel est le calendrier de surveillance des transaminases. Un bilan hépatique de référence avant le début du traitement permet de comparer les valeurs et de repérer toute déviation.

Le foie possède une capacité de régénération remarquable. Détectée tôt grâce à un suivi adapté, une atteinte hépatique médicamenteuse se résout le plus souvent par le simple arrêt du médicament en cause, à condition que le diagnostic ne traîne pas.