La documentation d’une escarre sacrée conditionne directement la qualité du suivi et la continuité des soins. Une traçabilité approximative, narrative et non structurée, génère des pertes d’information entre équipes et compromet l’évaluation de l’évolution lésionnelle. Nous abordons ici les exigences concrètes de documentation dans le cadre du Dossier Patient Informatisé (DPI), les paramètres cliniques à consigner et les erreurs de traçabilité les plus fréquentes sur la localisation sacrum.
Architecture de traçabilité dans le DPI pour une escarre sacrum
La description narrative libre ne suffit plus. Les évaluations qualité HAS portent désormais sur la structure et l’exploitabilité des transmissions, pas uniquement sur leur présence. Un champ texte non normé dans le DPI ne permet ni extraction statistique, ni comparaison longitudinale, ni audit fiable.
Le paramétrage du DPI ou du DUI doit intégrer des champs obligatoires dédiés : localisation anatomique précise (sacrum médian, parasacré droit ou gauche), stade selon la classification NPUAP/EPUAP, dimensions mesurées, état du lit de la plaie, caractéristiques de l’exsudat, état de la peau périlésionnelle. Chaque saisie doit être horodatée et identifiée par l’auteur.
En EHPAD, les retours d’expérience montrent que les audits HAS vérifient la présence de transmissions ciblées avec ces champs renseignés. Un simple commentaire du type « escarre sacrum, pansement refait » ne répond pas aux exigences actuelles de traçabilité.
Fréquence et moments-clés de la documentation
L’évaluation cutanée doit être documentée dès l’admission, dans les premières 24 heures, puis à chaque changement d’état. Pour une escarre sacrée en cours de traitement, nous recommandons une réévaluation documentée à chaque réfection de pansement, avec comparaison aux données précédentes.
L’utilisation systématique d’une échelle validée (Braden ou Norton) à l’entrée et à intervalles réguliers permet de quantifier le risque et d’objectiver les décisions de prévention. Le score doit figurer dans le DPI au même titre que les constantes vitales.

Paramètres cliniques à consigner pour le suivi d’une escarre sacrée
Le stade seul ne rend pas compte de l’évolution d’une plaie. Deux escarres classées stade III au sacrum peuvent présenter des trajectoires radicalement différentes selon la proportion de tissu fibrineux, la profondeur du décollement ou la colonisation bactérienne. La documentation doit capturer ces nuances.
Mesures dimensionnelles et description du lit de la plaie
Chaque évaluation consigne au minimum :
- Longueur, largeur et profondeur en centimètres, mesurées avec une méthode reproductible (méthode de l’horloge pour l’orientation des fusées ou décollements)
- Pourcentage estimé de tissu de granulation, de fibrine, de nécrose humide ou sèche sur le lit de la plaie
- Volume, couleur et odeur de l’exsudat, qui orientent le choix du pansement et signalent une surinfection potentielle
- État de la peau périlésionnelle : macération, érythème, induration, signe d’extension
Ces données permettent de tracer une courbe d’évolution exploitable. Sans mesures comparables d’une évaluation à l’autre, le clinicien ne peut pas objectiver une stagnation ou une aggravation.
Documentation photographique de la plaie
La photo constitue un complément précieux, à condition de respecter un protocole strict. L’image doit inclure une réglette graduée placée à côté de la plaie, un éclairage constant (lumière blanche directe), et une prise de vue perpendiculaire à la surface lésionnelle. Chaque photo doit être datée, identifiée et intégrée au DPI, jamais stockée uniquement sur un téléphone personnel.
Un cliché flou, pris sous un angle oblique ou sans échelle, n’apporte rien au suivi. Il peut même induire en erreur sur les dimensions réelles de la plaie.
Escarre sacrum : erreurs de documentation qui compromettent le suivi
La localisation sacrée pose des difficultés spécifiques. Le sacrum présente une courbure qui rend les mesures de profondeur moins fiables qu’au talon ou au trochanter. Le positionnement du patient au moment de l’évaluation (décubitus latéral vs semi-Fowler) modifie l’aspect visuel de la plaie et doit être mentionné dans la transmission.
Trois erreurs reviennent fréquemment dans les dossiers :
- Confondre un érythème qui blanchit à la pression (stade 0, risque) avec un érythème persistant (stade I confirmé), ce qui retarde la mise en place des mesures de décharge
- Ne pas documenter les mesures préventives en cours (type de surface d’appui, fréquence de repositionnement, position adoptée), alors que ces données sont nécessaires pour évaluer l’efficacité du protocole
- Omettre l’évaluation de la douleur liée à l’escarre, qui doit être tracée avec un outil adapté au patient et renseignée à chaque soin
L’absence de documentation de la douleur n’est pas un oubli anodin. Les droits du patient incluent l’information sur l’état de sa plaie et la prise en charge de la douleur associée. Un dossier muet sur ce point expose l’équipe soignante en cas de litige.

Transmissions ciblées et continuité entre professionnels
Le mode transmissions ciblées (Données – Actions – Résultats) reste le format le plus adapté pour les escarres. La cible « escarre sacrum stade II » ouvre une séquence que chaque intervenant alimente : données cliniques observées, actions réalisées (type de pansement, repositionnement, adaptation du support), résultats constatés au soin suivant.
La continuité entre l’IDEL, l’aide-soignant et le médecin repose sur cette structuration. Un professionnel qui reprend le dossier doit pouvoir reconstituer l’évolution de la plaie sans appeler le collègue précédent. Si la transmission ne permet pas cela, elle est insuffisante.
Pour les patients suivis à domicile, le carnet de liaison papier reste parfois le seul outil partagé. Dans ce cas, nous recommandons d’y coller un tableau pré-imprimé avec les champs standardisés (date, stade, dimensions, exsudat, peau périlésionnelle, douleur, surface d’appui utilisée) pour éviter la dérive vers des notes libres inexploitables.
La documentation d’une escarre sacrée n’est pas une formalité administrative. C’est un acte clinique qui conditionne chaque décision thérapeutique en aval. Un dossier bien structuré raccourcit le délai de détection d’une aggravation et protège le patient autant que l’équipe soignante.

